Seul et unique billet de novembre… Pas beaucoup de nouveautés au cours des dernières semaines. La routine… Seule l’arrivée de la neige a réussi à égayer notre quotidien ce dernier mois. Nous avons passé du bon temps, mais disons que nous attendions tous avec impatience la froideur nordique et l’étendue de la toundra, couverte de sa parka hivernale. C’est avec une grande joie que j’ai retrouvé ma motoneige et que je suis partie à l’aventure dans « le land » avec ma gang de filles dimanche dernier ! Sensation indescriptible de liberté… Disons que nous sommes loin des sentiers balisés du sud… Respirer le grand air, admirer l’immensité, … Un grand bonheur de la vie, ici. Méditer, faire le vide et s’aventurer dans la toundra ? Même niveau de bien-être et de « zenitude ».
Le mauvais temps, omniprésent depuis l’été, a amené une vague dépressionnaire dans le village. Les gens de la communauté sont en attente d’activités (chasse, pêche, aller aux camps,…) depuis trop longtemps à cause de la température. Ils ne savent plus quoi faire ! Nous pouvions ressentir cette détresse chez les jeunes, dans l’école. Beaucoup de conflits et de gestion de crises. Une tension palpable, à chaque jour, entre les murs de l’école Ikusik. Mes nerfs ont été mis à rude épreuve plusieurs fois ce mois-ci… Mais je suis là ! Encore ! Envers et contre tous ! Trêve de plaisanterie, je suis soulagée d’entamer, demain, le mois de décembre. Une énergie nouvelle anime les jeunes et tous les gens de la communauté avec l’arrivée de l’hiver et des vacances de Noël. Ça fait du bien.
Hier, il y avait une rencontre de parents à l’école. J’aime beaucoup ces soirées d’échanges. J’aime discuter avec les parents de mes élèves. J’en apprends davantage sur eux et c’est toujours très enrichissant de discuter avec eux du choc de leurs traditions et du monde moderne, de la façon dont chacun de nous, Blancs et Inuits, essayons d’inclure ces modes de vie et de pensée l’un dans l’autre pour trouver un équilibre et atteindre une certaine harmonie. Très belle soirée qui, malheureusement, s’est terminée sur une note dramatique…
Un enseignant, qui est au Nord depuis déjà quelques années, a adopté deux petits garçons et l’un d’eux est décédé tragiquement hier soir. Les jeunes s’amusaient à glisser avec leur traîneau et l’un d’eux s’est fait frapper par un camion. Il est mort sur le coup, sous les yeux de son « frère ». Et comme si ce n’était pas assez, le conducteur du camion a continué sa route. Il a été arrêté aujourd’hui et nous avons appris que le jeune homme était en état d’ébriété lors de l’accident. Aujourd’hui, les deux écoles sont fermées, comme la tradition le veut, par respect pour la famille du petit. Il y aura autopsie et les funérailles auront lieu peu de temps après. Perdre un enfant de manière aussi tragique affecte au plus haut point les gens de la communauté, Blancs et Inuits confondus. Comme le dit le proverbe : Ça prend tout un village pour éduquer un enfant. Cet adage ne peut être plus véridique qu’ici, au Nunavik, où chaque membre de la communauté adore littéralement chaque enfant, aussi paradoxal que cela puisse paraître.
Ainsi, la perte de cet enfant de 6 ans et les circonstances entourant sa mort ne font qu’accentuer la douleur dans le cœur des gens, aujourd’hui. Novembre se termine, enfin… Je garderai, en souvenir de cet enfant, son sourire franc, ses petits yeux rieurs et ses grands éclats de rire quand, à la fin de la journée, il venait me demander de le chatouiller… Je le revois, espiègle, essayant de me faire rire en me chatouillant, espérant que je n’oublie pas de lui donner quelques minutes d’attention lorsque je passe à côté de lui… Chacun de nous avons connu cet enfant. Nous ne l’oublierons jamais. Piqannari taavungalimaa.
Malgré tout, je commence le mois de décembre comblée et fière d’avoir accompli, encore une fois, une autre partie de mon défi nordique. Le décompte est commencé… Les vacances approchent et j’ai hâte de me retrouver, l’espace de quelques semaines, avec ma famille et mes amis, le temps de recharger mes piles avant de plonger dans l’année 2011.
Nakurmik,
Julie
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