dimanche 31 octobre 2010

Palmarès nordique


Tu sais que tu es un Blanc à Salluit quand…

1- Tu cours remplir ta laveuse lorsque le camion d’eau passe et tu es content !

2- Tu es heureux de recevoir ton épicerie !

3- Tu as une réserve d’eau, dans des chaudières, au cas où…

4- Tu fais ton épicerie via courriel.

5- Tu laisses l’eau dans le bain lorsque tu prends ta douche et tu cours enlever le bouchon lorsque le camion  des eaux usées passe…

6- Tu as une journée de congé parce qu’il y a un décès dans le village.

7- Tu enlèves tes souliers avant de rentrer dans l’église.

8- Tu attends 15 minutes à la caisse de la Coop ou du Northern (parce que la caissière compte des framboises en gélatine directement sur le comptoir…) et tu n’es pas stressée.

9- Tes élèves crachent dans la poubelle plusieurs fois par jour, pètent et rotent allègrement….

10- Quand les petits enfants te demandent : « C’est qui ton nom ?? »

11- Quand le câble local fait des siennes plusieurs fois par semaine …

12- Quand l’école commence à 9h00 et qu’à 9h15 tu es toujours seule dans la classe…

13- Tu vas cueillir tes moules pour le souper.

14- Tu as hâte que l’hiver arrive, au mois d’octobre…

15- Tu as vraiment hâte que l’hiver finisse, au mois de juin…

16- Tu ranges ta motoneige au mois de mai.

17- Tu vas observer les aurores boréales comme si tu faisais une sortie au ciné-parc…

18- Ta douche la plus longue est de 4 minutes (quand tu dois laver tes cheveux…)

19- Il y a un délai de quelques secondes lorsque tu parles au téléphone.

20- Tu finis de travailler à 3h45 et à 3h50 tu es dans ton salon…

21- Tous les gens de la communauté te connaissent, savent qui tu es…

22- Le plein air dans la toundra fait partie intégrante de tes plaisirs de la vie.

23- Tu fais des pique-niques l’hiver…

24- Tu pars en motoneige avec ta carabine…

25- Au mois d’avril, les élèves arrivent bronzés avec leur trace de lunettes de ski, tels des ratons laveurs….

26- Quand le « sud » devient Montréal, Québec et ses environs…

27- Magasiner sur ebay est excitant…           

28- Tu te fais crier « Julie-gnaii !! » (Salut Julie !) 25 fois par jour…

29- Air Inuit est la compagnie aérienne que tu connais le plus…

30- Tu as le temps de dresser une liste de choses que tu fais dans le Nord.


Atsunai !


dimanche 24 octobre 2010

Silence...

Vendredi après-midi, mes élèves de 5e secondaire et moi-même avons fabriqué une carte de souhaits pour la mère malade, voire mourante, de deux élèves de l'école. Nous sommes allés chez-elle pour la lui remettre. Première incursion dans une maison d'Inuits et pas nécessairement pour une raison très agréable, vous en conviendrez. 

Ainsi, l'accueil de la famille fut chaleureux. Ils étaient contents de recevoir la carte et ils nous ont même offert à boire et à manger. Ma peur, en tant que blanche, était de passer pour une voyeuse... Mais pas du tout. Le geste de sympathie a été apprécié. 

Après la remise de la carte et l'échange de quelques mots, nous sommes passés au salon où Alaku, la maman en question, dormait dans un petit lit. Étant en phase terminale, elle dormait et n'avait plus la force d'ouvrir les yeux. Assis sur le sofa en face d'elle, nous l'avons regardée pendant quelque temps, sans rien dire. Étrange sentiment... Choc des cultures... Les Inuits sont des gens de peu de mots, contrairement à nous, les Blancs. Verbaliser nos émotions est tellement ancré dans notre culture, comme si tout expliquer ou analyser nous sécurisait, nous donnait la fausse impression d’être en contrôle, d’avoir une emprise sur les événements… Pour les Inuits, le silence, c’est aussi l’humilité, l’acceptation du sacré et du fait qu’il existe plus grand que nous. Dans la toundra, devant la force de la nature, l’humilité est depuis des siècles synonyme  de survie.


Ainsi, après 5 minutes, mon malaise grandit. Je ne peux briser ce silence... Je ne peux me lever et partir sans rien dire... Que faire ??? J'observe mes élèves du coin de l'oeil et je les vois tous regarder Alaku dans le plus grand silence. Je pense qu'ils prient... J'attends donc encore un peu. Je ne veux pas insulter personne. Délicate situation... Finalement, après une dizaine de minutes, je murmure aux élèves que je vais laisser Alaku se reposer et que je vais les attendre dehors. Tous décident alors de me suivre. L’heure était venue.

Alaku est décédée dans la nuit de vendredi à samedi. Ses funérailles ont été célébrées quelques heures plus tard, samedi soir plus précisément. J’y ai assisté, accompagnée de quelques professeurs de l’école. La cérémonie a été des plus émouvantes. La messe s’est déroulée en inuktitut, mais malgré notre incompréhension de la langue, nous ressentions l’intensité des discours récités et des nombreuses chansons interprétées.

Le cercueil, fabriqué en simple bois contre-plaqué, était couvert de fleurs en plastique. Durant les chansons, les gens se levaient et allaient déposer les fleurs sur le cercueil, exposé à l’avant. Plusieurs personnes chantaient en levant les mains au ciel. Image forte et révélatrice de leur croyance. À la fin de la cérémonie, le cercueil a été ouvert pour que les gens puissent rendre un dernier hommage à la défunte et offrir les sympathies à la famille. Voilà la tradition, ici.

Moment intense et émotionnel en ce samedi soir à Salluit… Ce que je retiens de cette cérémonie, c’est encore une fois la vision d’un peuple qui est tissé serré lors d’un rassemblement. Lundi, à l’école, nous ferons une minute de silence à la mémoire d’Alaku et en signe de sympathie pour la famille.

En terminant, cette semaine, plusieurs personnes du Nunavik sont rassemblées à Salluit pour le 10e Festival Gospel nommé Taivititut. Il y aura donc plusieurs rassemblements à l’église dans les prochains jours. Les gens de la communauté chanteront et prieront ensemble. Le taux d’absentéisme à l’école risque d’être assez élevé…

Bonne dernière semaine d’octobre,

Julie 

dimanche 17 octobre 2010

Je suis là !

Bonjour à tous ! Je n'ai pas donné de nouvelles depuis quelque temps, mais tout va très bien. En fait, je n'ai pas vraiment d'aventures à raconter puisque je suis assez casanière ces temps-ci. En effet, la température ne nous motive pas à faire des activités extérieures. Toutefois, je pratique mon jogging trois à quatre fois par semaine et je joue au badminton autant de fois avec les amis. Bref, je suis assez active malgré le mauvais temps. J'ai hâte que la neige se montre le bout du nez ! La saison de la motoneige me manque: les paysages éblouissants, le grand air, le silence de la toundra (quand on éteint les moteurs...), les escapades aux aurores boréales, les pique-nique d'hiver, la cueillette des moules au trou des oviluks, ... L'hiver est beaucoup plus agréable quand on n'a pas d'auto à entretenir et des kilomètres de route à faire pour aller travailler :)

Ainsi, le quotidien se passe plutôt bien. Entre l'école, les amis et les activités, le temps passe vite. Je ne vois pas les semaines filer. La notion de temps est tellement agréable, ici. C'est comme si je m'offrais une petite parenthèse de temps avant de revenir dans le tourbillon du sud. Je l'apprécie grandement. Je travaille fort, mais paradoxalement, je me sens en vacances.

Finalement, cette semaine, j'étais bien heureuse d'apprendre que j'aurai une stagiaire de janvier à avril. Et oui ! Le Nord m'apporte son lot de surprises et en plus, de belles expériences professionnelles enrichissantes et motivantes !

À bientôt !

samedi 2 octobre 2010

Résilience, quand tu me prends...

Je suis à rechercher cet état de résilience depuis quelques jours. Pas toujours évident de rebondir après des événements négatifs, jour après jour, après jour, après jour, ... Pas toujours facile de voir les côtés positifs de l'aventure nordique à travers les situations difficiles vécues ici... Comme le dit si bien Fred Pellerin dans sa chanson: "J'apprends à me tenir debout."  Je cours après cette force positive qui me caractérise... Je suis essoufflée. Les élèves difficiles, le mauvais temps qui n'en finit plus, l'imbécilité de certains, les attitudes négatives des autres, le fait de manquer d'eau 3-4 fois par semaine, la confrontation de mes valeurs, de mon égo,... Bref, tout n'est pas gagné d'avance par les temps qui courent... 


Je redonnerai des nouvelles bientôt, quand le beau temps sera de retour.


Nakurmik !