jeudi 16 juin 2011

La fin...


Après deux années d’écriture plus ou moins assidue, me voici rendue au dernier écrit de cette odyssée nordique. Dans 2 jours, je quitterai le village nordique de Salluit ainsi que tous les Sallumiut qui ont fait de mon aventure une expérience inoubliable. C’est donc avec beaucoup d’émotion que je tourne la page. Il est temps pour moi d’écrire un autre chapitre…

Les dernières semaines ont été teintées de drames. Il y a deux semaines, il y a eu une fusillade devant chez-nous. Un vrai film ! Un jeune homme avait décidé de mettre fin aux jours de son frère. Il est donc rentré dans la maison de ce dernier avec sa carabine dans le but de le tuer. Il tirait des coups de feu dans la maison jusqu’à ce que les membres de la famille réussissent à le mettre dehors. Hors de lui, il a continué à tirer au hasard à l’extérieur…  Les policiers sont arrivés rapidement sur les lieux, se cachant des balles qui sifflaient en leur direction. Ils ont réussi à maîtriser le tireur avec 4 balles... Par chance, il n’y a eu aucun blessé, mis à part le tireur. Disons que je n’ai pas trop apprécié la scène…

Comme si ce n’était pas assez, quelques jours plus tard, nous apprenions la disparition de 3 hommes de la communauté. En effet, depuis mercredi dernier, l’armée, les Rangers ainsi que quelques personnes de la communauté sont à la recherche des hommes portés disparus en bateau. Partis à la chasse aux phoques à la limite des glaces, ils ne sont jamais rentrés à la maison le soir venu. Les recherches se déroulent sur un énorme périmètre du Détroit d’Hudson. Ça fait 8 jours aujourd’hui que les hélicoptères et les avions survolent la région à la recherche du moindre indice. Jusqu’à maintenant, aucune trace d’eux, aucun débris ou équipement, juste un mystère toujours plus angoissant à mesure que le temps s’écoule. L’espoir persiste, mais tous sont grandement affectés. Les disparus ont tous un lien avec 2 de mes élèves et des personnes que nous connaissons bien dans le village. C’est déchirant de lire les commentaires des familles sur Facebook : « Please Dad come home soon. Even if I don’t show it much, I really need you.» Nous souhaitons de tout cœur les retrouver sains et saufs. Les Inuit vivent en moyenne 10 ans de moins que le reste de la population québécoise. Nous réalisons qu’au delà des conditions socio- économiques difficiles, le mode de vie Inuit (chasse, pêche, VTT, bateau, etc.) y est aussi pour quelque chose. Ici, comme ailleurs dira-t-on, mais particulièrement ici, la vie est si fragile… 

Sinon, la lumière est intense : il n’y a plus de nuit. Les enfants n’ont plus d’heure pour rentrer à la maison. Il y a de l’activité toute la nuit dans les rues du village. Difficile pour le système… On entend les oiseaux gazouiller en pleine nuit. Comme quoi toutes les espèces, humaines et animales, sont affectées ! Les paysages sont, comme toujours, magnifiques : couchers de soleil à minuit, brume à la cime des montagnes, etc. Toutefois, difficile de ne pas être envieux lorsqu’on voit les images de plage, de BBQ et de verdure aux nouvelles à la télévision… Parce qu’ici, il y a encore une semaine (le 9 juin), il neigeait à gros flocons. Ceux qui détestent l’hiver, essayez de le vivre de la mi septembre à la mi juin et vous m’en donnerez des nouvelles. Poser le pied à Montréal les 18 et 22 juin nous donnera l’impression de débarquer dans un pays tropical et exotique. Ce qui rend l’arrivée des vacances encore plus excitante !

Alors voilà. Ainsi se termine mon odyssée. Je n’ai aucun regret. J’ai tant appris que tous les petits désagréments du quotidien en valaient le coup. Merci à tous de m’avoir accompagnée dans ce périple nordique par le biais de mes écrits. J’ai si hâte de vous retrouver ! Que la nouvelle aventure commence !!

Taïma.

jeudi 5 mai 2011

Nouvelles de mai


Depuis 2 semaines, je ne travaille plus à l’école. Je suis en retrait préventif puisque les risques de violence physique associés à mon travail ne font pas bon ménage avec ma grossesse (5 mois aujourd’hui !). Ainsi, je profite pleinement de mon temps libre. Jusqu’à maintenant, les journées passent rapidement et j’en suis bien heureuse. Je planifie plusieurs trucs en vue de notre retour, car pour ceux qui ne le savent peut-être pas encore, David et moi avons pris la décision de ne pas revenir à Salluit l’an prochain.

En effet, après plusieurs réflexions, nous en sommes venus à la conclusion que le mieux pour nous trois était de revenir chez-nous, auprès de notre famille et de nos amis. Une autre grande aventure nous attend et nous n’avons pas envie de la vivre loin des nôtres. La décision n’a pas été facile à prendre, mais nous sommes persuadés que c’est la bonne chose à faire. Certains aspects de la vie au Nord nous manqueront, d’autres un peu moins. Je sais que la journée où je monterai dans l’avion pour la dernière fois, j’aurai inévitablement le cœur chargé d’émotion. Les « Au revoir » seront déchirants… Paradoxalement, je redoute ce moment et en même temps, j’ai hâte de rentrer chez-nous. D’ici là, je profite de chaque instant en sachant que ce sont les derniers.

Le printemps s’installe doucement, ici. Il y a encore beaucoup de neige, la baie est toujours glacée, la température oscille entre -10 et 2 degrés et le soleil se couche de plus en plus tard. En effet, à 22h00, il commence à disparaître derrière les montagnes… Difficile pour le système… J’ai toujours un regain d’énergie vers 21h00 au lieu d’être fatiguée… Je préfère la noirceur des mois de décembre et janvier. Je fais de légères randonnées en motoneige les fins de semaine pour profiter de la splendeur de la toundra, du silence et de la beauté du paysage. Bref, la vie est tranquille ces dernières semaines… J’apprécie tous ces moments de simplicité avant le retour…

Je vous redonnerai des nouvelles bientôt !





vendredi 8 avril 2011

Quelques images...






















Les brèves du 1er février à aujourd'hui...


Les derniers mois ont été glacials ! Des températures oscillant entre -40 et -50 degrés pratiquement à tous les jours. Enfin, cette semaine, le thermomètre retrouve son confort entre -20 et -30 degrés. Durant la période froide du mois de janvier, un Inuk, sculpteur bien connu à Salluit, a été porté disparu dans la toundra. La veille, il était parti en expédition avec des amis. Sur le chemin du retour, ses amis ont été plus rapides que lui, le laissant derrière. Lorsqu’ils sont arrivés au village, ils se sont rendus compte que Putulik (nom fictif) ne les suivait plus… Les recherches ont commencé tard dans la soirée. Le vent s’étant levé dans le « land », peut-être avait-il pris une mauvaise direction ? Les Rangers l’ont retrouvé sain et sauf le lendemain après-midi. Putulik a dit avoir dormi avec un loup, au pied d’un arc-en-ciel… Nous ne saurons jamais tout à fait ce qui s’est réellement passé… Nous pourrions toutefois transformer son histoire en beau conte pour enfants !

Malgré le froid cinglant, nous sommes allés observer les aurores boréales un samedi soir, vers 23h00. Je n’avais jamais assisté à un spectacle aussi grandiose ! Postés sur le quai, nous avons regardé danser les aurores au-dessus de nos têtes pendant plusieurs minutes. Les couleurs, le vert et le mauve, s’entrelaçaient et tourbillonnaient au-dessus de nous pour nous offrir un spectacle exceptionnel ! C’est pour des moments comme ceux-là, entre autres, que le Nord est si beau.

Une journée où la température était plus clémente, David est parti à la chasse avec un ami et il a ramené 6 lagopèdes alpins. Il a vécu une de ses plus belles journées en terre nordique. Sous les yeux attentifs de 2 renards roux, il a réussi, avec l’aide de Danny, à suivre la piste des lagopèdes, blancs comme la neige. Un autre grand plaisir du Nord pour les carnivores amateurs de chasse !

Pendant ce temps, de mon côté, je suis allée cueillir des moules avec des amies. Nous avions préalablement vérifié l’heure des marées et nous sommes parties, en milieu de journée, chercher notre souper. Encore une fois, quel bonheur de se retrouver, en plein milieu du fjord gelé, armée de ma chaudière, de mes bottes et de mes gants en caoutchouc ! La simplicité. Le silence de la toundra. Une vague d’air salin. Je sais, dans ces moments-là, pour quelles raisons je suis ici. Après la pêche, exactement 2h00 après, je savourais mes moules à la sauce tomate maison. Un véritable délice ! Qui a dit qu’il fallait manger les moules pendant les mois qui finissent en « bre » pour qu’elles soient à leur meilleur ? Nous avons vraiment mangé « local » cette fin de semaine !

La première semaine du mois de mars, David et moi sommes allés faire un petit tour au « sud » pour apprécier pleinement notre semaine de relâche en compagnie de notre famille et des amis. Une petite visite qui a fait le plus grand bien ! Après des mois dans le Nord, en camping de luxe, on apprécie vraiment tout ce que l’on a chez-nous. Prendre une douche sans compter les minutes et laver la vaisselle sans avoir peur de manquer d’eau, c’est déjà toute une joie, croyez-moi ! Aller faire l’épicerie autrement que via Internet ! Ça aussi, c’est plaisant ! Magasiner ? Bof… Le goût de la consommation m’a quitté depuis que je vis dans la simplicité nordique et que je côtoie les gens de Salluit. Ici, consommer pour consommer est superflu. Consommer pour survivre, ça oui ! D’ailleurs, nos plus folles dépenses demeurent nos épiceries… Bref, cette semaine nous a fait le plus grand bien ! Ma seule déception : j’ai manqué la visite d’Ariane Mofatt à Salluit. Avec son frère, que les jeunes connaissent bien puisqu’il vient depuis quelques années entraîner les élèves au basketball, elle est venue animer des ateliers de musique à l’école Ikusik. À la fin de la semaine, ils ont enregistré une chanson en anglais, français et inuktitut. Le résultat est tout simplement magnifique ! J’aurais tant aimé participer à ce projet… Les élèves chantent maintenant les paroles des chansons d’Ariane dans les corridors… « Je veux tout, toi et les autres aussi, aux 4 coins de ma vie ! ».


Nous sommes revenus à Salluit pour une semaine et ensuite, nous repartions pour un congrès à Montréal. Quatre nuits au Reine Élizabeth ! Mais avant d’y arriver, nous avons dû passer par quelques aventures… En effet, notre départ, qui devait se faire le samedi matin, nous permettait de passer 3 jours chez-nous avant de se rendre à Montréal pour le congrès. La mauvaise température nous a retenus à Salluit le samedi. Le dimanche, le soleil était au rendez-vous ! Heureux et confiants, on se rend à l’aéroport. Nous partons, comme prévu ! Premier arrêt à la mine Raglan, tout est sous contrôle ! Deuxième arrêt à Kangiqsujuaq. L’agente de bord, sourire aux lèvres, nous annonce que l’on doit aller dans le terminal, car l’avion a un bris mécanique. Cauchemar !! Finalement, nous avons attendu dans l’aéroport, qui soi dit en passant est plus petit que mon salon, de 10h00 à 16 h00. La joie se lisait sur nos visages ! Notre transfert d’avion étant prévu à Kuujjuaq pour 14h00, nous savions déjà que nous venions de perdre une 2e journée de vacances chez-nous. Nous sommes finalement partis vers Kuujjuaq sur les ailes d’un « King Air », avion qui peut accueillir 9 passagers. Très agréable comme vol ! Impressionnant ! Nous avons passé la nuit au chic Kuujjuaq Inn et nous sommes finalement partis vers Montréal le lundi à 17h00. Bref, nous avons passé environ 12 heures chez-nous avant de repartir pour le congrès. La résilience, vous connaissez ? Je l’apprivoise un peu chaque jour…

À notre retour du congrès, qui fut fort intéressant, la température nous a cloué au sol de Kuujjuaq pour une 2e fois. L’auberge Kuujjuaq Inn n’a plus de secrets pour nous ! Avec notre ami Jean-Louis, qui était aussi avec nous à l’allée, nous rions de notre situation. La vie tente-t-elle de nous envoyer un message ?? Nous prenons nos chambres et là, les mésaventures continuent… Dans notre chambre, il fait environ 35 degrés et dans la chambre de Jean-Louis, il fait tout au plus 9 degrés. Clairement, le chauffage ne fonctionne pas très bien… Nous allons donc voir la gentille dame au comptoir des réservations pour lui expliquer notre inconfort. Et bien elle a trouvé une solution géniale pour nous ! « Si y fa trop chaud, ouvrez la fenêtre. Et si y fa trop frette, utilise la chaufrette dans garde-robe ! »  Y penser, je n’aurais pas trouvé meilleure solution… Ah oui ! Notre chambre, payé par la commission scolaire, était évaluée à 500$ la nuit… Après bien des rires, nous sommes allés souper tranquillement, toujours à l’auberge. À la fin du repas, panne d’électricité ! L’auberge était plongée dans le noir le plus total ! Nous avons donc regagné nos quartiers pour constater que nous n’avions pas d’eau ! Pas de douche ! Pas de chasse d’eau ! À 500$ la nuit, est-ce vraiment le minimum que je peux obtenir ? Nous nous sommes couchés vers 21h00, exténués par toutes ces aventures. Le lendemain, nous sommes repartis vers Salluit, encore une fois, sur les ailes d’un « King Air ».  Est-ce que je vous ai dis que j’apprivoisais la résilience un peu chaque jour ?!?


Depuis le retour, la vie est assez calme. Mis à part le chien qui a volé notre poulet dans notre boîte d’épicerie qui était sur notre balcon, tout se déroule parfaitement. J’ai organisé une soirée disco avec les élèves de 5e secondaire pour ramasser des fonds pour la graduation. Soirée exceptionnelle pour eux… et pour nous ! Voir les jeunes s’amuser autant dans un environnement sain et sécuritaire, ça me fait chaud au cœur. Aussi, nous sommes allés accueillir les équipes de la course annuelle de traîneaux à chiens « Ivakkak ». Cette année, la course se terminât à Salluit. Nous avons félicité chaque équipe qui franchissait la ligne d’arrivée. Tout un événement ! Le tout s’est vu couronné par un souper au centre communautaire. Musique et remise des prix aux 3 premières équipes. Quelle ambiance extraordinaire ! C’était beau de voir les gens danser au rythme de la musique traditionnelle. J’adore ces événements !

Alors voilà ! Je vais essayer d’être plus assidue dans mes écrits dans les semaines à venir. Disons que depuis quelques mois, j’écris beaucoup plus dans mon journal de grossesse… Pardonnez-moi…

Nakurmik,
Julie















dimanche 16 janvier 2011

Marche Prévention du suicide









s

Nul besoin de traduire... L'inuktitut est facile à lire ! Non ?!?
                                      


 Avec Évelyne, ma super collègue et amie !

Retour des vacances et rencontre inédite


Le retour
Quel plaisir de revenir en terre nordique après 3 merveilleuses semaines de vacances passées en compagnie de la famille et des amis ! Je reviens à Salluit avec une nouvelle énergie. Le fait d’avoir une stagiaire jusqu’à la fin du mois d’avril et l’accueil chaleureux des gens de la communauté y sont certainement pour quelque chose.

En effet, encore cette année, plusieurs personnes nous ont serré la main pour nous souhaiter la bienvenue chez-nous et la bonne année. Et toujours, il y a ce même effet de bonheur ressenti… Nous sommes « un peu » chez-nous, nous faisons partie du portrait.

La première semaine d’école a été assez tranquille. Lundi et mardi, nous étions en journée pédagogique à la maison puisque les peintres travaillaient dans le gymnase. Merci aux effluves de peinture indésirables. Mercredi, 30% des élèves ont daigné se présenter à l’école. Les vacances se prolongent pour certains… Jeudi après-midi, il n’y a pas eu d’école puisque tout le monde était attendu au centre communautaire pour faire une marche pour la prévention du suicide. Il y a quelques semaines, un jeune de 24 ans s’est enlevé la vie et les gens de la communauté ont été, évidemment, très ébranlés. Ainsi, en matinée, mes élèves ont fabriqué des affiches avec divers messages d’espoir : « Ne reste pas seul ! », « Parle au travailleur social ! », Appelle au nursing », Tu n’es pas seul ! », « Non au suicide, Oui à la vie ! », … La journée s’est donc terminée de belle façon. Finalement, vendredi, avant-midi avec les élèves, visite du nouveau gymnase, que l’on attend depuis le mois d’août, et après-midi de congé, car le Jour 3 en est un où je termine à 12h00. Vive le Jour 3 le vendredi !


Rencontre inédite
La vie est souvent remplie de beaux hasards. Parfois, on dirait que des gens ont été mis sur notre route pour une raison bien particulière. Ainsi, dans l’avion en route vers le Nord, j’ai rencontré l’enseignant-associé qui m’a accompagnée lors de mon dernier stage en enseignement il y a 7 ans. Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre qu’il est à Kuujjuaq depuis 5 ans avec sa conjointe et ses deux enfants ! Incroyable ! Cette heureuse rencontre a fait ma journée ! Je croise mon dernier enseignant-associé et j’accueille, du même coup, ma première stagiaire. Drôle de coïncidence, comme il y en a tant au Nord. À mon tour, maintenant, de « donner au suivant ».

À bientôt,

Julie