Les derniers mois ont été glacials ! Des températures oscillant entre -40 et -50 degrés pratiquement à tous les jours. Enfin, cette semaine, le thermomètre retrouve son confort entre -20 et -30 degrés. Durant la période froide du mois de janvier, un Inuk, sculpteur bien connu à Salluit, a été porté disparu dans la toundra. La veille, il était parti en expédition avec des amis. Sur le chemin du retour, ses amis ont été plus rapides que lui, le laissant derrière. Lorsqu’ils sont arrivés au village, ils se sont rendus compte que Putulik (nom fictif) ne les suivait plus… Les recherches ont commencé tard dans la soirée. Le vent s’étant levé dans le « land », peut-être avait-il pris une mauvaise direction ? Les Rangers l’ont retrouvé sain et sauf le lendemain après-midi. Putulik a dit avoir dormi avec un loup, au pied d’un arc-en-ciel… Nous ne saurons jamais tout à fait ce qui s’est réellement passé… Nous pourrions toutefois transformer son histoire en beau conte pour enfants !
Malgré le froid cinglant, nous sommes allés observer les aurores boréales un samedi soir, vers 23h00. Je n’avais jamais assisté à un spectacle aussi grandiose ! Postés sur le quai, nous avons regardé danser les aurores au-dessus de nos têtes pendant plusieurs minutes. Les couleurs, le vert et le mauve, s’entrelaçaient et tourbillonnaient au-dessus de nous pour nous offrir un spectacle exceptionnel ! C’est pour des moments comme ceux-là, entre autres, que le Nord est si beau.
Une journée où la température était plus clémente, David est parti à la chasse avec un ami et il a ramené 6 lagopèdes alpins. Il a vécu une de ses plus belles journées en terre nordique. Sous les yeux attentifs de 2 renards roux, il a réussi, avec l’aide de Danny, à suivre la piste des lagopèdes, blancs comme la neige. Un autre grand plaisir du Nord pour les carnivores amateurs de chasse !
Pendant ce temps, de mon côté, je suis allée cueillir des moules avec des amies. Nous avions préalablement vérifié l’heure des marées et nous sommes parties, en milieu de journée, chercher notre souper. Encore une fois, quel bonheur de se retrouver, en plein milieu du fjord gelé, armée de ma chaudière, de mes bottes et de mes gants en caoutchouc ! La simplicité. Le silence de la toundra. Une vague d’air salin. Je sais, dans ces moments-là, pour quelles raisons je suis ici. Après la pêche, exactement 2h00 après, je savourais mes moules à la sauce tomate maison. Un véritable délice ! Qui a dit qu’il fallait manger les moules pendant les mois qui finissent en « bre » pour qu’elles soient à leur meilleur ? Nous avons vraiment mangé « local » cette fin de semaine !
La première semaine du mois de mars, David et moi sommes allés faire un petit tour au « sud » pour apprécier pleinement notre semaine de relâche en compagnie de notre famille et des amis. Une petite visite qui a fait le plus grand bien ! Après des mois dans le Nord, en camping de luxe, on apprécie vraiment tout ce que l’on a chez-nous. Prendre une douche sans compter les minutes et laver la vaisselle sans avoir peur de manquer d’eau, c’est déjà toute une joie, croyez-moi ! Aller faire l’épicerie autrement que via Internet ! Ça aussi, c’est plaisant ! Magasiner ? Bof… Le goût de la consommation m’a quitté depuis que je vis dans la simplicité nordique et que je côtoie les gens de Salluit. Ici, consommer pour consommer est superflu. Consommer pour survivre, ça oui ! D’ailleurs, nos plus folles dépenses demeurent nos épiceries… Bref, cette semaine nous a fait le plus grand bien ! Ma seule déception : j’ai manqué la visite d’Ariane Mofatt à Salluit. Avec son frère, que les jeunes connaissent bien puisqu’il vient depuis quelques années entraîner les élèves au basketball, elle est venue animer des ateliers de musique à l’école Ikusik. À la fin de la semaine, ils ont enregistré une chanson en anglais, français et inuktitut. Le résultat est tout simplement magnifique ! J’aurais tant aimé participer à ce projet… Les élèves chantent maintenant les paroles des chansons d’Ariane dans les corridors… « Je veux tout, toi et les autres aussi, aux 4 coins de ma vie ! ».
Nous sommes revenus à Salluit pour une semaine et ensuite, nous repartions pour un congrès à Montréal. Quatre nuits au Reine Élizabeth ! Mais avant d’y arriver, nous avons dû passer par quelques aventures… En effet, notre départ, qui devait se faire le samedi matin, nous permettait de passer 3 jours chez-nous avant de se rendre à Montréal pour le congrès. La mauvaise température nous a retenus à Salluit le samedi. Le dimanche, le soleil était au rendez-vous ! Heureux et confiants, on se rend à l’aéroport. Nous partons, comme prévu ! Premier arrêt à la mine Raglan, tout est sous contrôle ! Deuxième arrêt à Kangiqsujuaq. L’agente de bord, sourire aux lèvres, nous annonce que l’on doit aller dans le terminal, car l’avion a un bris mécanique. Cauchemar !! Finalement, nous avons attendu dans l’aéroport, qui soi dit en passant est plus petit que mon salon, de 10h00 à 16 h00. La joie se lisait sur nos visages ! Notre transfert d’avion étant prévu à Kuujjuaq pour 14h00, nous savions déjà que nous venions de perdre une 2e journée de vacances chez-nous. Nous sommes finalement partis vers Kuujjuaq sur les ailes d’un « King Air », avion qui peut accueillir 9 passagers. Très agréable comme vol ! Impressionnant ! Nous avons passé la nuit au chic Kuujjuaq Inn et nous sommes finalement partis vers Montréal le lundi à 17h00. Bref, nous avons passé environ 12 heures chez-nous avant de repartir pour le congrès. La résilience, vous connaissez ? Je l’apprivoise un peu chaque jour…
À notre retour du congrès, qui fut fort intéressant, la température nous a cloué au sol de Kuujjuaq pour une 2e fois. L’auberge Kuujjuaq Inn n’a plus de secrets pour nous ! Avec notre ami Jean-Louis, qui était aussi avec nous à l’allée, nous rions de notre situation. La vie tente-t-elle de nous envoyer un message ?? Nous prenons nos chambres et là, les mésaventures continuent… Dans notre chambre, il fait environ 35 degrés et dans la chambre de Jean-Louis, il fait tout au plus 9 degrés. Clairement, le chauffage ne fonctionne pas très bien… Nous allons donc voir la gentille dame au comptoir des réservations pour lui expliquer notre inconfort. Et bien elle a trouvé une solution géniale pour nous ! « Si y fa trop chaud, ouvrez la fenêtre. Et si y fa trop frette, utilise la chaufrette dans garde-robe ! » Y penser, je n’aurais pas trouvé meilleure solution… Ah oui ! Notre chambre, payé par la commission scolaire, était évaluée à 500$ la nuit… Après bien des rires, nous sommes allés souper tranquillement, toujours à l’auberge. À la fin du repas, panne d’électricité ! L’auberge était plongée dans le noir le plus total ! Nous avons donc regagné nos quartiers pour constater que nous n’avions pas d’eau ! Pas de douche ! Pas de chasse d’eau ! À 500$ la nuit, est-ce vraiment le minimum que je peux obtenir ? Nous nous sommes couchés vers 21h00, exténués par toutes ces aventures. Le lendemain, nous sommes repartis vers Salluit, encore une fois, sur les ailes d’un « King Air ». Est-ce que je vous ai dis que j’apprivoisais la résilience un peu chaque jour ?!?
Depuis le retour, la vie est assez calme. Mis à part le chien qui a volé notre poulet dans notre boîte d’épicerie qui était sur notre balcon, tout se déroule parfaitement. J’ai organisé une soirée disco avec les élèves de 5e secondaire pour ramasser des fonds pour la graduation. Soirée exceptionnelle pour eux… et pour nous ! Voir les jeunes s’amuser autant dans un environnement sain et sécuritaire, ça me fait chaud au cœur. Aussi, nous sommes allés accueillir les équipes de la course annuelle de traîneaux à chiens « Ivakkak ». Cette année, la course se terminât à Salluit. Nous avons félicité chaque équipe qui franchissait la ligne d’arrivée. Tout un événement ! Le tout s’est vu couronné par un souper au centre communautaire. Musique et remise des prix aux 3 premières équipes. Quelle ambiance extraordinaire ! C’était beau de voir les gens danser au rythme de la musique traditionnelle. J’adore ces événements !
Alors voilà ! Je vais essayer d’être plus assidue dans mes écrits dans les semaines à venir. Disons que depuis quelques mois, j’écris beaucoup plus dans mon journal de grossesse… Pardonnez-moi…
Nakurmik,
Julie