Bonjour à tous !
Les dernières semaines ont été parsemées de hauts et de bas. J’ai vécu, plus particulièrement, les deux dernières assez difficilement. Avec l’arrivée du beau temps et le départ des profs qui se dessine, les élèves sont plutôt agités… On dirait vraiment qu’ils se sont passés le mot pour nous faire payer tous les malheurs de leur monde ! Quand ils sont calmes, ils sont ennuyants, et quand ils sont énergiques, ils sont énervants ! Pas de juste milieu. Ici, tout est noir ou tout est blanc. C’est comme ça ! Pas toujours facile de faire la part des choses… Donc, les dernières semaines ont été longues sur le plan émotif. Une fatigue mentale, un certain découragement, une envie d’abandonner. Mon manque de sommeil n’a pas contribué à mon bien-être… Je me suis maintenant plus habituée à la lumière, mais mon horloge interne est défectueuse avec le soleil qui se couche présentement vers 23h00 et se lève vers 3h00… À l’approche des vacances d’été, je sens une certaine fébrilité chez mes jeunes. Ils me demandent de plus en plus souvent si je vais revenir au mois d’août. Une élève m’a même dit : Tu dis que tu vas revenir, mais tu ne reviendras pas, comme Madame X, l’année passée. Je pense que malgré la confiance qu’ils ont en moi, ils ont peur que je leur mente, comme plusieurs l’ont fait précédemment. Comment les blâmer…
Et comme toujours, les choses sont tranquillement rentrées dans l’ordre. J’ai aussi appris à lâcher prise, ce qui ne m’est pas inutile dans un monde comme ici. En fait, au bout du compte, je me rends à l’évidence que c’est à moi à m’adapter, encore une fois. C’est souvent mon perfectionnisme et mon orgueil qui prennent le contrôle de mes émotions. Quand j’arrive à le comprendre, à le saisir un peu plus, tout bonnement, les choses se mettent à aller mieux. C’est trop facile de mettre ça sur le dos des élèves… J’apprends à jongler avec l’attitude des jeunes et surtout, avec la mienne. Je les aime bien dans le fond… Même si parfois je rêve de les étriper !!
Au mois de mars, les élèves de secondaire 5 ont passé un test (test Can) pour évaluer leurs compétences en français langue seconde et aussi pour déterminer lesquels d’entre eux ont les capacités requises pour continuer leurs études au cégep. Ce test est particulièrement difficile et il touche à trois compétences en français : compréhension écrite, compréhension orale et production écrite. Les élèves sont très nerveux face à cette épreuve. Quatre de mes élèves n’ont même pas essayé de faire la partie écrite de cet examen, sachant qu’ils ne veulent pas poursuivre leurs études. Pardonnez-moi cette généralité, mais il me semble que souvent, les Inuits abandonnent de peur de faire face à l’échec. Comme pour garder un certain honneur. On voit ce phénomène autant chez les jeunes que chez les adultes. Difficile pour moi, avec mon éducation et mes valeurs du sud, de concevoir cette habitude de baisser les bras devant l’adversité. Bien entendu, ce n’est pas le cas de tous, fort heureusement.
Ainsi, la semaine dernière, j’ai reçu les résultats du dit examen. À mon plus grand bonheur, une élève a réussi le test ! Il y a longtemps qu’une élève avait passé ce test. C’est le cœur gonflé de fierté que je lui ai annoncé cette extraordinaire nouvelle. Je croyais qu’elle allait éclater en sanglots tant son bonheur était grand ! S’il y avait un restaurant à Salluit, je l’aurais amenée fêter ça, c’est certain ! Pour les deux autres élèves qui ont échoué et qui voulaient aller au cégep, et bien ils devront aller se perfectionner en complétant un secondaire 6. Après cette étape, ils devront refaire le test Can s’ils sont toujours motivés.
Bref, ce moment a effacé tous les derniers jours plus difficiles. Alors, au mois d’août prochain, j’irai accueillir à l’aéroport de Montréal celle qui deviendra bientôt mon ancienne élève. Elle commencera sa formation collégiale au Cégep Marie-Victorin, programme spécialement conçu pour les jeunes Inuits. Je lui ai parlé de l’école au sud, de ce qu’on attendait d’elle. Par exemple, la ponctualité. On a aussi regardé les cours qu’elle allait suivre dès la première session et je lui ai expliqué un peu le jargon utilisé (session, crédits, etc.). Elle sait qu’elle devra travailler dur et que la partie n’est pas gagnée d’avance. De mon côté, j’aime mieux lui mettre cartes sur table : oui, ce sera difficile. Oui, tu vas vivre une période d’adaptation difficile. Oui, ta vie va être complètement différente. Oui, tu vas devoir travailler, te tromper et recommencer sans broncher. Oui, tu vas devoir respecter des règlements, comme le couvre-feu des résidences. Ce sera un grand pas pour cette jeune fille. Un beau défi qu’elle relèvera, j’en suis certaine.
Sinon, la graduation arrive aussi à grands pas. Mes collègues et moi travaillons très fort pour que cette soirée soit une réussite. Levée de fonds avec les élèves (vente de muffins et de jus, cinéma,…), la recherche de commanditaires, le programme de la soirée, la musique, les décorations, … Il y a tellement de choses à penser ! J’en reparlerai certainement lors d’un prochain billet.
Ah oui ! Il y a quelques jours, j’ai vu mon premier loup ! Bon, o.k., il était mort, mais tout de même !! En effet, un Blanc qui habite Salluit depuis 20 ans, un collègue de David, a tué un loup à l’île, c’est-à-dire à 10 km du village. Une bête ! J’étais assez impressionnée de voir que cet animal avait les pattes aussi longues que mes jambes. Et là, je ne parle même pas de la grosseur de sa tête et de son cou ! Croyez-moi, j’ai préféré le voir mort… J’avais les jambes molles juste à regarder ses canines et ses griffes.
Alors voilà. La vie continue, les semaines passent et les vacances approchent. Je commence à avoir hâte au retour… Je m’ennuie de ma famille, de mes amis, du temps plus chaud, de ma nouvelle maison,… Bref, le décompte est commencé. Le 19 juin, je serai chez-moi et j’entamerai mes vacances d’été avec grand bonheur ! D’ici là, je travaille, je m’amuse, je profite du printemps et je pense à l’été !
Atsunai,
Julie