dimanche 24 octobre 2010

Silence...

Vendredi après-midi, mes élèves de 5e secondaire et moi-même avons fabriqué une carte de souhaits pour la mère malade, voire mourante, de deux élèves de l'école. Nous sommes allés chez-elle pour la lui remettre. Première incursion dans une maison d'Inuits et pas nécessairement pour une raison très agréable, vous en conviendrez. 

Ainsi, l'accueil de la famille fut chaleureux. Ils étaient contents de recevoir la carte et ils nous ont même offert à boire et à manger. Ma peur, en tant que blanche, était de passer pour une voyeuse... Mais pas du tout. Le geste de sympathie a été apprécié. 

Après la remise de la carte et l'échange de quelques mots, nous sommes passés au salon où Alaku, la maman en question, dormait dans un petit lit. Étant en phase terminale, elle dormait et n'avait plus la force d'ouvrir les yeux. Assis sur le sofa en face d'elle, nous l'avons regardée pendant quelque temps, sans rien dire. Étrange sentiment... Choc des cultures... Les Inuits sont des gens de peu de mots, contrairement à nous, les Blancs. Verbaliser nos émotions est tellement ancré dans notre culture, comme si tout expliquer ou analyser nous sécurisait, nous donnait la fausse impression d’être en contrôle, d’avoir une emprise sur les événements… Pour les Inuits, le silence, c’est aussi l’humilité, l’acceptation du sacré et du fait qu’il existe plus grand que nous. Dans la toundra, devant la force de la nature, l’humilité est depuis des siècles synonyme  de survie.


Ainsi, après 5 minutes, mon malaise grandit. Je ne peux briser ce silence... Je ne peux me lever et partir sans rien dire... Que faire ??? J'observe mes élèves du coin de l'oeil et je les vois tous regarder Alaku dans le plus grand silence. Je pense qu'ils prient... J'attends donc encore un peu. Je ne veux pas insulter personne. Délicate situation... Finalement, après une dizaine de minutes, je murmure aux élèves que je vais laisser Alaku se reposer et que je vais les attendre dehors. Tous décident alors de me suivre. L’heure était venue.

Alaku est décédée dans la nuit de vendredi à samedi. Ses funérailles ont été célébrées quelques heures plus tard, samedi soir plus précisément. J’y ai assisté, accompagnée de quelques professeurs de l’école. La cérémonie a été des plus émouvantes. La messe s’est déroulée en inuktitut, mais malgré notre incompréhension de la langue, nous ressentions l’intensité des discours récités et des nombreuses chansons interprétées.

Le cercueil, fabriqué en simple bois contre-plaqué, était couvert de fleurs en plastique. Durant les chansons, les gens se levaient et allaient déposer les fleurs sur le cercueil, exposé à l’avant. Plusieurs personnes chantaient en levant les mains au ciel. Image forte et révélatrice de leur croyance. À la fin de la cérémonie, le cercueil a été ouvert pour que les gens puissent rendre un dernier hommage à la défunte et offrir les sympathies à la famille. Voilà la tradition, ici.

Moment intense et émotionnel en ce samedi soir à Salluit… Ce que je retiens de cette cérémonie, c’est encore une fois la vision d’un peuple qui est tissé serré lors d’un rassemblement. Lundi, à l’école, nous ferons une minute de silence à la mémoire d’Alaku et en signe de sympathie pour la famille.

En terminant, cette semaine, plusieurs personnes du Nunavik sont rassemblées à Salluit pour le 10e Festival Gospel nommé Taivititut. Il y aura donc plusieurs rassemblements à l’église dans les prochains jours. Les gens de la communauté chanteront et prieront ensemble. Le taux d’absentéisme à l’école risque d’être assez élevé…

Bonne dernière semaine d’octobre,

Julie 

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