mercredi 16 juin 2010

BILAN

Déjà une première année en terre nordique qui tire à sa fin. Dans 3 jours, je serai chez-moi, dans ma nouvelle maison, la tête remplie de beaux souvenirs, et je profiterai de 8 belles semaines de vacances ! En attendant, je fais un bilan des 10 derniers mois en repassant dans ma tête mes premiers jours, les événements heureux et ceux qui m’en ont fait baver. Chose certaine, cette aventure m’aura permis d’en apprendre davantage sur le peuple inuit et sur moi-même. La magie du Nord s’opère en nous, et ce, parfois malgré nous. Il faut la vivre pour bien en saisir le sens. Je vais donc partager avec vous quelques impressions du début, que je ne vous ai pas encore transmises par le biais de ce blogue.

Ainsi, je me revois dans l'avion, le 10 août dernier, m'envolant pour ma semaine de formation à Kuujjuaq, capitale du Nunavik. J’étais tellement excitée à l’idée d’aller vivre dans le Grand Nord ! En survolant Kuujjuaq, je me rappelle de m’être sentie assez dépaysée. J’ignorais encore que quelques jours plus tard, je vivrais vraiment le dépaysement à Salluit, au nord du 62e parallèle, là où les arbres ne sont plus et où la population diminue grandement. Je me souviens d’Eva, qui nous a accueilli dans sa maison, David et moi, lors de notre semaine de formation. Je nous revois, tous les deux, les yeux grands ouverts à absorber tout ce qui nous entoure. On observait, on écoutait, on apprenait déjà de ces gens. Plus le jour du départ pour Salluit approchait, plus nous étions excités. Nous avions hâte de découvrir notre nouveau milieu de vie, notre maison, notre lieu de travail, etc.

Je suis arrivée seule à Salluit. Malheureusement, David avait été placé sur un autre vol, arrivant 2 heures avant moi. Lorsque j'ai vu le village, du haut des airs, j’ai tout de suite été impressionnée par la beauté des montagnes et la toundra, nue de toute verdure. À bord du « twin », qui est un avion d’environ 12 places, je me sentais très petite au beau milieu de cette immensité. À l’aéroport, Michael et son fils, Putulik, qui allait être un de mes élèves, m’attendaient pour me conduire chez-moi. J’étais contente de retrouver mon amoureux dans notre nouvelle demeure. Notre première nuit a été un enfer. Les jeunes criaient dehors, on entendait les VTT se promener sans cesse, etc. Je ne me sentais pas en sécurité, j’avais peur que quelqu’un entre dans la maison, bref, j’étais stressée comme jamais. Le lendemain, en découvrant le village, je ne me sentais pas mieux. Je me demandais pourquoi j’avais choisi de vivre cette aventure… Je trouvais les enfants agressants, les adultes nous observaient de la tête aux pieds, la plupart des maisons n’étaient pas entretenues, les déchets parsemaient le moindre pied carré, etc. Je ne voyais pas encore toute la beauté de ce peuple et des lieux physiques. La deuxième nuit, j’ai fait ma première crise d’angoisse à vie. Je l’avoue, j’ai paniqué : mal de cœur, difficultés respiratoires, etc. Une chance que David était là pour me soutenir et relativiser les choses. Je me disais que je n’étais pas aussi forte que je le pensais, que je ne serais pas capable de faire une année complète, que je serais incapable d’enseigner aux jeunes du Nord, bref, j’avais peur de l’inconnu et j’avais les deux pieds bien plantés dedans. Je pleurais souvent. Toute cette peur s’est dissipée à la fin de la première semaine, tout juste après ma rencontre avec les élèves. J’ai senti que je pourrais leur apporter quelque chose et qu’ils pourraient aussi m’enseigner de belles choses. J’étais maintenant disposée à goûter pleinement à mon odyssée nordique.

Ce que je retiens surtout de mes premiers jours à Salluit, c'est qu'il ne faut pas laisser la peur nous dominer. En laissant mes peurs de côté, j’ai découvert que j’étais plus forte que je ne l’aurais jamais imaginé auparavant. J’ai décidé de me laisser porter par cette nouvelle vie, d’apprendre des gens, d’avoir foi en la vie. Je ne regretterai jamais de m’être embarquée dans cette odyssée. J’aime le peuple inuit, leur transparence. Ils m’ont appris à accepter l’autre, à reconnaître les bons côtés de chaque personne. C’est un peuple vrai, authentique, inspirant.


LES DERNIERS JOURS...

Les dernières semaines ont été relativement animées. J'étais responsable de la graduation des 9 élèves finissants de cette année. Ainsi, depuis les derniers mois, j’ai organisé quelques activités de financement, j’ai commandé les bagues, je me suis occupée de trouver des commanditaires, les photos, la préparation de la cérémonie de remise des diplômes, le souper, les invitations, etc. Ouf ! Beaucoup de travail, mais le jeu en valait la chandelle ! La fameuse graduation, chaque année très attendue par les gens de la communauté, a finalement eu lieu samedi dernier. Les 9 finissants, accompagnés de 165 convives, ont fait de cet événement un réel succès !

Le tout a commencé avec la cérémonie de remise des diplômes. L'excitation était à son comble ! Après la générale, j'ai aidé les élèves à se préparer pour la cérémonie officielle. Les gens de la communauté étaient attendus à 15h30, mais sont plutôt arrivés vers 16h00. On s’habitue à ce rythme… Vers 16h15, après la traditionnelle prière, nous avons pu débuter. Les finissants ont effectué leur rituel, bien appris quelques minutes plus tôt, au son de la musique d’Elgar. Je me suis laissée prendre au jeu… C’est donc avec beaucoup d’émotion et de larmes aux yeux que les élèves ont fait leur entrée tant attendue. La cérémonie a duré 50 minutes, sans anicroche. Les jeunes étaient fiers ! Et les familles aussi ! À la fin de la cérémonie, j’ai reçu plusieurs baisers et accolades. Les familles me remerciaient pour le bel événement et pour tout ce que j’avais fait avec les jeunes cette année. J’ai même reçu un cadeau de la part d’une famille : des bijoux fabriqués par un artiste d’ici. Un beau moment qui restera gravé dans mon cœur à tout jamais.

Les élèves et leur famille étaient attendus pour le souper au gymnase de l'école secondaire Ikusik. La veille, le comité de graduation et moi-même avions décoré les lieux. Le repas était assuré par Stéphane, un cuisinier blanc qui habite Salluit depuis plus de 10 ans, et par notre ami Danny et l’homme de ma vie, David. De plus, les familles ont complété le repas en apportant des plats traditionnels. Nous aurions pu nourrir le village au grand complet ! L’ambiance était bonne, les gens souriaient, riaient, dansaient. Nous avons aussi joué à des jeux traditionnels inuits, ce qui est particulièrement drôle. Les Inuits sont de bons joueurs ! C’est comique de les entendre crier et rire comme des enfants ! C’est beau à voir ! Ce fut donc une soirée réussie ! Les élèves étaient heureux ! La fête s’est terminée vers 22h30. Les jeunes avaient hâte d’aller faire la fête dans la toundra, autour d’un feu de camp.

Finalement, lundi, nous avons clôturé l'événement en faisant une parade dans le village à bord du camion de pompiers. Le délire total ! Les jeunes ont décoré le camion avec des ballons et des banderoles, et durant 60 minutes, nous avons fait le tour des rues du village pour saluer les gens. Étant donné qu’il ne se passe pas beaucoup de chose ici, la parade des finissants est un événement impressionnant ! Croyez-le ou non, mais exactement 42 véhicules qui klaxonnaient (camions et VTT confondus) suivaient notre camion qui faisait hurler ses sirènes ! Quelle fête ! Les plus jeunes nous suivaient avec leur vélo et les gens sortaient des maisons pour nous saluer. Je n’en croyais pas mes yeux ! Et mes oreilles…

Voilà ! C'est sur cette belle note que se termine ma première année à Salluit. J'ai hâte aux vacances, mais je sais aussi que je serai heureuse de revenir ici l'an prochain.

Et vous, serez-vous là pour l'Odyssée Nordique, volume 2 ?

Nakurmik,

Julie




Ains

2 commentaires:

Mooky a dit…

Wow, Julie, quelle plume! C'est comme si nous y étions!

Tu as bien failli me tirer quelques larmes, encore.

J'ai hâte au volume 2!

Julie a dit…

Merci ! J'espère qu'on aura l'occasion de s'en parler de vive voix cet été ! xx