SILENCE
La fin de semaine dernière, un jeune homme de Salluit a mis fin à ses jours. Dans un petit village comme ici, tous les gens ont un lien. Ainsi, un tel événement ébranle la communauté. C’est le deuxième suicide depuis janvier… J’ai toujours le cœur serré à l’annonce de ces tristes nouvelles. J’espère toujours que ce ne sera pas un de mes jeunes… Lorsque de tels événements surviennent, les commerces du village, ainsi que les écoles, ferment leurs portes le temps des funérailles. Personne ne travaille, par respect pour les proches du défunt. La tradition veut aussi que les gens de la communauté apportent de la nourriture à la famille endeuillée, signe de sympathie et de compassion. Malgré ces tragédies (le Nunavik compte, semble-t-il, le plus haut taux de suicides au monde !!!), les Inuits se serrent les coudes et, envers et contre tous, continuent d’avancer du mieux qu’ils le peuvent dans ce monde isolé qu’est leur terre aride. Il y a matière à réflexion… Être un jeune au Nunavik, c’est dur. Inimaginable pour certains. Je les aime mes jeunes, je les écoute et je les supporte, je les encourage, mais je ne fais que bien peu face à ces problématiques bien plus grandes que moi, Qallunak (Blanche) dans un monde si loin de mes rives…
DÉSILLUSION
Ceux qui me connaissent bien le savent : je suis une personne foncièrement positive et heureuse. En ce sens, à tous les jours, je me rends à l’école en souriant, essayant de semer un peu de bonheur à travers la transmission de connaissances… Mais quand à chaque jour j’entends les élèves répéter leur incessante ritournelle commençant pas « BORING ! », en passant par « I DON’T CARE ! » et se terminant par « TOO HARD! », ça joue sur le moral. Et au Nord, tout moment de joie, de tristesse ou de colère prend une ampleur démesurée. L’isolement en est une des causes. Ainsi, en terminant ma journée mardi, j’oscillais entre l’envie de pleurer et la folle envie de tout démolir sur mon passage. Rien de moins ! Et je vous épargne tous les mots assassins qui fusaient dans mon esprit…disons-le… un peu déséquilibré et désillusionné en cette fin de journée. Je me suis rabattue sur une thérapie entre collègues, qui vivent la même chose que moi, et 25 minutes de course à pieds. J’en suis venue à la conclusion que je ne devais pas attendre de changement chez mes élèves; c’est à moi de changer ma vision des choses. Je dois m’adapter à ce monde si loin du mien, je dois accepter que mes valeurs soient confrontées, je ne dois pas user de condescendance. Je dois tracer ma voie, bien humblement, et accepter. Simplement. Je le dois. Taima.
MAGNIFICENCE
Un aîné du village a fait un igloo près de mon humble demeure. Les gens étaient donc invités à aller visiter la chaumière de glace. Pour bien terminer ma semaine, je suis donc allée faire un tour avec mes élèves de 3e secondaire. Impressionnant ! Quelques hommes coupaient les blocs de neige et l’aîné, maître du chantier, les plaçait de façon méticuleuse de l’intérieur. Lors de notre visite, il terminait tranquillement le toit. Nous avons rampé par terre pour réussir à passer par le trou qui sert de porte. L’homme de 73 ans ma expliqué qu’il avait vécu dans un igloo comme celui-ci dans sa jeunesse. Il était très fier de transmettre son savoir à la jeune génération qui m’accompagnait. Aussi, selon la tradition, lorsque la construction de l’igloo est terminée, celui qui l’a construit doit grimper sur le toit et sauter. Si le toit s’écroule, le bâtisseur n’est pas considéré comme un vrai homme. Si le tout reste en place, il mérite le respect de ses pairs, car sa maison est solide. Ce fut une très belle sortie en compagnie de mes jeunes. Nous avons terminé notre promenade à la Coop, où je leur ai payé une tournée de barres de chocolat ! Quel plaisir ! Comme quoi chaque désillusion laisse toujours place à des petits bonheurs…
Atsunai !
2 commentaires:
Julie, j'adoooooore te lire!
Tes élèves ont beaucoup de chance de t'avoir comme prof.
Et toi, de les avoir comme élèves!
Quelle expérience humaine tu vis!
Merci ! Et moi aussi j'adore te lire ! Une petite incursion dans le monde urbain... À bientôt XX
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